1. Observations générales

1-1. Définition de l’agriculture synécologique

L’agriculture synécologique (la synécoculture) est une méthode de culture en plein champ qui consiste à utiliser les caractéristiques des plantes pour construire et réguler un écosystème, tout en produisant des plantes utiles dans un état d’optimisation écologique (optimum écologique), en respectant la contrainte de ne pas apporter continuellement de ressources extérieures autres que les semences, les plants et l’eau. En utilisant de manière multiforme la fonction d’auto-organisation de l’écosystème, il n’est plus nécessaire de labourer, de fertiliser et d’utiliser des pesticides de manière uniforme sur l’ensemble du champ.

Toutefois, lorsque l’objectif est de favoriser l’auto-organisation (par exemple, la diversification des plantes terrestres, des micro-organismes du sol et des produits métaboliques), il est possible d’utiliser des perturbations locales comme moyen, à l’exception des pesticides et autres moyens nocifs pour les organismes vivants. Il est nécessaire de déterminer scientifiquement si cela est approprié en mesurant les changements dans le gradient de diversité en fonction de l’intensité de la perturbation. Il faut également évaluer de manière globale l’impact sur l’environnement environnant. Lorsque ces mesures et évaluations scientifiques sont difficiles à réaliser, seules sont autorisées les perturbations minimales du sol liées à la création de cultures et à la plantation de semences/plants, ou les perturbations visant à accroître la diversité végétale au cours des processus de gestion et de récolte. Le présent manuel décrit, dans ces conditions générales, les méthodes pouvant être considérées comme qualitativement sûres pour l’environnement environnant.

L’agriculture synécologique comprend trois grands domaines : les méthodes de culture, les méthodes d’utilisation et les méthodes de distribution. Pour que les agriculteurs professionnels puissent en faire leur métier, il est indispensable que ces trois domaines soient réunis.

Ce manuel présente principalement les méthodes de culture de l’agriculture synécologique, en supposant une pratique à l’échelle de l’autosuffisance alimentaire dans les potagers familiaux et de la consommation locale de produits locaux.

La méthode d’utilisation couvre la méthodologie pour créer des produits utilisables à partir des ressources dans les exploitations synécologiques et l’écosystème autour, ainsi que la méthode de développement de produits de façon à leur donner une valeur économique.Les produits de l’agriculture synécologique comprennent non seulement les plantes utiles qui poussent dans les champs, mais aussi toute la nourriture produite en dérivé ou en relation avec l’exploitation synécologique et les ressources qui sont utiles à la vie de tous les jours, l’environnement naturel, le paysage, les possibilités éducatives et de formation, et l’utilisation des animaux ou des insectes qui s’y sont développés.

La méthode de distribution consiste à distribuer les produits issus de l’agriculture synécologique en lien avec les activités économiques telles que leur vente, dans le but de faire de la synécoculture l’un des piliers de la vie quotidienne. Il est particulièrement important de comprendre le concept de rendement global de la synécoculture (voir les 1-3. Productivité et 2-2. Gestion) lors de la vente.

En ce qui concerne les méthodes d’utilisation et de distribution, il est nécessaire de les développer à travers des pratiques locales, en visant la distribution de produits cultivés dans des conditions naturelles, conformément à l’objectif de la synécoculture.

Ce manuel explique de manière pratique la méthode de culture de l’agriculture synécologique, basée sur le concept d”« écosystème augmenté » qui vise à accroître la diversité et les fonctions des écosystèmes grâce à l’activité humaine. Pour plus de détails sur la théorie, les exemples pratiques, les méthodes d’utilisation et les méthodes de distribution, veuillez vous référer à l’ouvrage « Écosystème augmenté » [Funabashi 2025]. La synergie entre les méthodes de culture, d’utilisation et de distribution permet la création d’un « capital commun naturel – social » dans lequel les activités humaines et les écosystèmes naturels coexistent de manière circulaire.

Astuce

L’optimisation écologique désigne l’état dans lequel plusieurs espèces coexistent en concurrence tout en atteignant leur croissance maximale dans la mesure du possible, compte tenu des conditions environnementales données.

En revanche, l’optimisation physiologique sur laquelle repose l’agriculture conventionnelle désigne généralement le fait de modifier les conditions environnementales afin d’optimiser les conditions de croissance d’une seule espèce.

Les trois grands domaines de l’agriculture synécologique : méthodes de distribution, méthodes de culture, méthodes d’utilisation

1-2. Les principes de l’agriculture synécologique

L’agriculture synécologique est une méthode agricole qui repose sur la construction d’un écosystème pour la production alimentaire. Construire un écosystème signifie – de la façon la plus simple – augmenter la diversité des espèces installées ou qui vont et viennent à cet endroit. En plus de la diversité des espèces, le fait qu’il y ait plusieurs variétés dans une même espèce fait augmenter la diversité génétique ainsi que l’adaptation des nouvelles végétations aux diverses conditions environnementales fait augmenter la diversité de l’écosystème. Ces diversités : génétique, des espèces et de l’écosystème sont regroupées sous l’appellation générique : biodiversité.

Lorsque la biodiversité devient plus riche, les diverses fonctions des écosystèmes s’améliorent. Les fonctions des écosystèmes régulent les conditions environnementales telles que la température, l’humidité, l’intensité d’ensoleillement, les substances organiques et les minéraux du sol pour les rendre plus faciles à vivre pour davantage d’êtres vivants. Les fonctions des écosystèmes devenant plus performant permettant à leur tour une biodiversité plus riche, les fonctions des écosystèmes et la biodiversité augmentent en synergie. Les fonctions des écosystèmes et la biodiversité augmentant, divers services écosystémiques nécessaires à la vie humaine tels que la production alimentaire peuvent être rendus.

L’agriculture synécologique vise, grâce aux connaissances pratiques et multidimensionnelles sur les écosystèmes, à permettre de faire augmenter de façon globale la biodiversité, les fonctions des écosystèmes et les services écosystémiques, et à permettre la coexistence d’une production alimentaire durable et d’une activité économique autonome.

Astuce

Les conditions nécessaires à la mise en place d’une synécoculture sont l’optimisation écologique des champs et, pour les agriculteurs professionnels, la compétitivité sur le marché des produits agricoles, ainsi que l’indépendance économique grâce à la valorisation et à la vente de produits diversifiés, tant en termes de qualité que de quantité. Ce n’est qu’en remplissant ces deux conditions que la synécoculture peut être considérée comme un moyen de subsistance.

D’autre part, si la synécoculture devient l’un des piliers de la vie, non seulement pour les agriculteurs professionnels, mais aussi sous une forme liée à diverses activités sociales, et si elle contribue à l’amélioration globale de la biodiversité et des fonctions écosystémiques, elle remplit alors les conditions nécessaires pour devenir un capital commun naturel-social, qui comprend des valeurs importantes hors marché nécessaires à la durabilité [Funabashi 2025].

Schéma : Relations entre la biodiversité, les fonctions des écosystèmes, les services écosystémiques et les connaissances pratiques dans l’agriculture synécologique

Grâce à la construction de l’écosystème parralèlement à la mise en pratique de l’agriculture synécologique, la biodiversité du champ augmente avec le temps et suit une croissance de forme sigmoïde en se rapprochant de l’étape de végétation planifiée. La phase de croissance depuis le début de l’ascension de la sigmoïde jusqu’à la première moitié correspond à la phase de transition vers l’agriculture synécologique. A cette phase, dans certains cas on n’arrive pas à un tissu végétal sain obtenu grâce à l’optimum écologique – qui est la critère des produits de l’agriculture synécologique – une consommation en autonomie à l’échelle d’un jardin familial par exemple est déjà possible.

Dans la phase de saturation de la seconde moitié du sigmoïde, la biodiversité et les fonctions écosystémiques sont suffisamment développées et densément structurées, tendant vers un équilibre d’optimum écologique. Ce n’est qu’à ce stade que les conditions nécessaires à l’agriculture synécologique sont remplies et que les produits peuvent être commercialisés. Ensuite, lorsque la valeur économique des divers produits est établie et que le niveau de récolte permettant d’en faire un moyen de subsistance est atteint, rendant ainsi possible une activité économique autonome, la synécoculture peut être considérée comme une agriculture professionnelle à part entière. D’autre part, il est important de ne pas se limiter à la production agricole à titre professionnel, mais de faire de la synécoculture l’un des piliers de la vie quotidienne et de la relier à des activités sociales plus diversifiées, afin de créer une infrastructure sociale pour soutenir globalement l’environnement et la production alimentaire à l’avenir.

Figure : Relation entre le passage du temps lors de la construction de l’écosystème en agriculture synécologique et la phase de réussite dans la méthode agricole.

A partir de la végétation de l’optimum écologique, pour obtenir une productivité continue sans perdre de fonctions des écosystèmes, il faut commencer à récolter à partir de la phase de saturation, non pas pendant la phase de croissance qui correspond à la construction de l’écosystème. Une façon pratique de faire la différence est de procéder à une comparaison pour déterminer si la diversité des espèces fixées dans l’exploitation synécologique est plus importante que la végétation naturelle autour au niveau de l’étape de végétation objectif. On considère que les espèces fixées dans le champ démontrent les fonctions des écosystèmes de ce champ et donc si elles sont plus nombreuses que dans l’environnement naturel alentour, on peut estimer avec suffisament d’assurance que l’on est entré dans la phase de saturation

Concrètement il convient de ne pas complètement éliminer les arbres et plantes qui poussent naturellement, et tout en construisant l’écosystème, d’augmenter leur coexistence avec les plantes utiles.

Le fait que l’agriculture synécologique puisse se pratiquer sans labour, sans fertilisant et sans pesticide est le résultat d’une construction de l’écosystème, et ce n’est pas en laissant la nature suivre son cours que l’on obtient une synécoculture.En vue de la construction de l’écosystème, il est nécessaire d’introduire activement des plantes utiles, et il est nécessaire de prendre les mesures avec l’intention de façon à ce que les perturbations causées par cette introduction, la formation d’une niche (environnement et lieu propice à la croissance) de plantes utiles, et le contrôle de la faune par la chaîne alimentaire aient pour conséquence une amélioration de la biodiversité de façon globale. Par conséquent, le travail du sol, les fertilisant et les pesticides qui sont nécessaires en agriculture conventionnelle sont remplacés par les perturbations, formations de niche et chaîne alimentaire causées par l’amélioration de la biodiversité, ils sont donc inutiles en agriculture synécologique.

Les écosystèmes pouvant être construits par l’agriculture synécologique sont aussi nombreux qu’il y a de possibilités d’associations de végétations naturelles et de plantes utiles, il est possible d’atteindre la plus grande diversité possible depuis la naissance des organismes vivants. Il est nécessaire de comprendre et de réfléchir à tout moment à l’état de son champ : à quelle étape de végétation est-il dans l’écosystème en général, et vers quelle étape se dirige-t-il ?

L’agriculture synécologique est basée sur l’histoire de l’évolution selon laquelle les organismes vivants se sont déplacés de la mer à la terre, où la faune et la flore ont coopéré pour mettre en place le mécanisme qui crée de la terre arable dans les terres. Lors de la construction d’un écosystème, l’étape de végétation peut-être un bon indicateur de la succession écologique.

Parallèlement à leur évolution vers les terres, les plantes se sont encore davantage développées en termes de hauteur et profondeur des racines, ainsi que pour ce qui concerne les mécanismes de tampon pour parer aux changements environnementaux. De nombreuses espèces de plantes actuelles ont hérité de ces caractéristiques et sont capables de participer efficacement à l’activité de transition pour passer d’une situation où il n’y a aucune végétation au point culminant : une fôret à la végétation luxuriante (fôret climacique). Concrètement, faire en sorte que la transition se fasse dans l’ordre suivant : plantes annuelles – plantes vivaces – plantes grimpantes – arbustes – arbres, cela facilite le déroulement de la succession écologique et peut aider à la production de plantes utiles qui poussent à chaque étape de végétation. Selon les cas, sauter exprès des étapes de la succession écologique ou au contraire revenir en arrière peut être une des stratégies pour augmenter la biodiversité.

Figure : Homologie entre la succession écologique (en bas) et l’évolution vers la terre (en haut)

Astuce

En biologie, il existe une théorie appelée la théorie de la récapitulation : « l’ontogenèse récapitule la phylogenèse ». En agriculture synécologique on pratique une gestion sur la base de l’opinion suivante : « la succession écologique récapitule l’évolution vers la terre » [Funabashi 2019]. Pour rendre cultivable un terrain sauvage, on commence par des plantes annuelles, courtes et fortes, puis on effectue la transition vers les plantes vivaces, les plantes grimpantes, puis graduellement les arbustes et les arbres pour finalement obtenir une forêt luxuriante. Il y a une homologie caractéristique entre la dynamique de succession et le mouvement d’évolution vers la terre lors duquel les animaux et plantes ont progressivement avancé pendant de longues années depuis la mer vers des terres auparavant stériles.

En agriculture conventionnelle, à cultiver continuellement une seule espèce en un endroit, on s’expose aux « problèmes liés à la culture répétée ». En agriculture synécologique, du fait des variations au niveau de la progression et de la croissance de la végétation naturelle et des plantes utiles qui participent continuellement à l’hétérogenèse, les « problèmes liés à la culture répétée » sont évités et la transition s’opère vers un nouvel écosystème.

Pour augmenter la biodiversité à chaque étape de végétation et lors de la succession écologique, l’évaluation des trois indicateurs de diversité des espèces ci-dessous s’avère utile.

Diversité α : Diversité des espèces à une étape de végétation. Ex : Diversité des espèces des plantes annuelles.

Diversité β : Diversité des espèces correspondant aux différences entre deux étapes de végétation. Ex : Diversité des espèces qui ne sont pas communes aux deux communautés : communauté comprenant principalement des plantes annuelles et celle de plantes vivaces.

Diversité γ : Diversité des espèces à toutes les étapes de végétation. Ex : Diversité de toutes les espèces en ferme d’agriculture synécologique et dans les écosystèmes environnants.

En gérant l’agriculture synécologique de façon à ce que ces trois indicateurs augmentent, la biodiversité est reconstruite au maximum possible dans le champ de production. Plus largement, on peut s’attendre à une encore meilleure récupération et amélioration de la biodiversité dans l’environnement naturel et dans l’environnement des villes de la région.

Par exemple, même si la diversité γ comprend les mêmes 500 espèces, il est possible que la diversité α comporte des espèces à une étape de végétation inférieure aux autres, ou que la diversité β soit partiellement inférieure en végétation. Il est important de diversifier la végétation autant du point de vue général que du point de vue partiel.

Figure : Etapes de végétation dans l’agriculture synécologique et modèle de gestion (structure en couches), diversités α, β et γ.
Photo du haut : Exemples d’espèces de papillons qui ont été observés en exploitation synécologique. Au Japon, plus de 1000 espèces d’insectes et de plantes ont été observées dans les exploitations synécologiques et dans les environnements qui les entourent.

Astuce

L’une des grandes différences entre l’agriculture synécologique et d’autres modes d’agriculture est son efficacité vis à vis de la restauration, et de la construction de l’environnement. De nombreux autres modes d’agriculture utilisent l’environnement naturel déjà présent et le dégradent partiellement, en contraste, l’agriculture synécologique peut restaurer un écosystème même à partir d’un environnement dégradé. L’exemple le plus remarquable de ces capacités de restauration est son introduction dans les zones arides des régions tropicales en danger de désertification (voir 5. Conseils de mise en pratique selon le climat ).

Les fonctions des écosystèmes, regroupent l’acquisition des ressources nécessaires à la vie des animaux et des plantes, la production et la décomposition des substances organiques, le cycle des nutriments …

Les services écosystémiques sont divisés en 5 grands groupes : les « services d’approvisionnement » qui produisent et fournissent des éléments comme la nourriture et l’eau, les « services de régulation » qui contrôlent, ajustent par exemple ce qui est en relation avec le climat, les « services culturels » qui apportent des bénéfices émotionnels ou culturels comme par exemple des loisirs, les « services de soutien aux conditions favorables à la vie sur Terre » qui soutiennent le cycle des éléments nutritifs et permettent de fournir l’oxygène par la photosynthèse, et les « services de protection » qui maintiennent la diversité et protègent l’environnement des évènements imprévus.

1-3. Productivité

La productivité variant selon les conditions environnementales et les variétés de plantes, il est nécessaire de réfléchir de façon globale à l’adaptation à divers facteurs et à la diversité. Dans l’agriculture conventionnelle où l’on cultive de façon répétée un même produit dans des conditions de culture identiques, la moyenne de rendement est un indicateur de la productivité. En revanche, dans l’agriculture synécologique qui est basée sur des conditions de culture et le portefeuille de produits sans cesse en évolution, une moyenne dans un cadre préétabli n’a aucun sens. Il est nécessaire de pouvoir évaluer la productivité nette qui est le fruit de l’adaptation continuelle des méthodes et de la diversification.

La productivité par produit est meilleure pour les légumes à feuilles qui se cultivent à la surface des sillons, avec une tendance relative à la baisse pour les légumes comme le chou chinois qui utilisent une grande surface par rapport à leur durée de culture. Pour les céréales comme le blé et le riz ainsi que les arbres fruitiers, la période de récolte est connue à l’avance, et il n’est pas possible d’obtenir une productivité similaire à celle de l’agriculture conventionnelle en monoculture. Cependant, grâce à la situation de culture mélangée et en utilisant comme paillage vivant avec d’autres plantes, il est possible de cultiver des céréales dans un tissu végétal sain, sans les forcer à une croissance excessive par l’ajout de fertilisant.

Un exemple scientifiquement vérifié de la productivité de l’agriculture synécologique au Japon est le rendement obtenu à la ferme Issé sur quatre ans (2010-2014). Pour les légumes et les fruits expédiés pendant cette période, le bénéfice calculé en soustrayant les coûts d’entretien du chiffre d’affaires total par 1000 m², est environ 2,4 à 3,9 fois supérieur à celui des méthodes agricoles conventionnelles [Funabashi 2024].

Figure : Productivité qui suit une courbe de répartition statistique normale (en orange) pour l’agriculture conventionnelle et une courbe de distribution « Loi de puissance » (en bleu) pour l’agriculture synécologique

Astuce

La courbe « Loi de puissance » du rendement Le rendement de l’agriculture conventionnelle prend la forme de cloche de « la répartition statistique normale », mais le rendement de l’agriculture synécologique est basé sur « la Loi de puissance » créée par la végétation dans des conditions naturelles. La Loi de puissance se rencontre souvent dans les phénomènes naturels, comme par exemple dans la courbe représentant l’échelle des séïsmes et la fréquence à laquelle ils ont lieu. De la même façon que les petits séïsmes sont plutôt fréquents mais les grands séïsmes sont très rares, en agriculture synécologique, dans de nombreux environnements de nombreuses variétés donnent de petites récoltes mais les conditions environnementales et les variétés qui permettent d’obtenir de grosses récoltes ne sont que rarement présentes. Dans la Loi de puissance, la moyenne variant fortement après un évênement rare, il n’est pas possible d’en déduire des indicateurs utiles pour les prévisions. La productivité de l’agriculture synécologique étant fortement augmentée par des grosses récoltes qui arrivent rarement, il est nécessaire à ce moment-là de faire une mise à jour vis à vis du niveau de performance. Pour stabiliser les fluctuations de productivité causées par la Loi de puissance, en agriculture synécologique on gère les diverses variétés de productions en portfolio comme pour la spéculation boursière.

1-4. Exigences de gestion

L’agriculture synécologique a pour règle de base : pas de travail du sol, pas de fertilisants, pas de pesticides. Les graines et les jeunes plants sont en principe les seules choses que nous pouvons apporter dans une ferme synécologique. L’azote, le phosphore, le potassium, les matières organiques ainsi que les micro-éléments sont apportés seulement par la végétation présente dans le champ et la faune qui est attirée par cette végétation. Hormis la préparation initiale du sol, aucun procédé de culture – tel que l’amendement du sol, l’apport de matières organiques/microbiologiques ou l’utilisation d’un film de paillage – n’est utilisé. Même l’humus ou les techniques d’origine naturelle pour repousser les insectes utilisés dans les autres agricultures naturelles sont une infraction à ces règles. L’introduction de certains éléments est possible seulement dans certains cas exceptionnels (voir en 2-2-6. Les substituts à la fertilisation (méthode de régénération des capacités de production)) et dans la mesure où ils ne font pas obstruction à la formation de la structure du sol par la succession écologique.

Après la mise en place initiale, la gestion se limite en principe à la récolte des produits cultivés, la gestion des herbes envahissantes, et les semis/replantages de graines et de jeunes plants. La gestion des herbes envahissantes se fait de la façon adaptée à chaque type d’herbe mais l’idée de base est : on enlève les plantes vivaces, on laisse les plantes annuelles.

Il est plus facile de gérer l’écosystème en effectuant quotidiennement des tâches de gestion légères, mais lorsque l’on rassemble des personnes pour effectuer des tâches spécifiques, il est préférable de ne pas tout faire en une seule fois. Il vaut mieux concentrer 70 à 80 % des tâches de gestion sur 20 à 30 % du temps total alloué à la gestion, et consacrer les 70 à 80 % du temps restants à des tâches légères (20 à 30 %) et à l’observation, afin de s’adapter au rythme de l’écosystème.

Astuce

Différence entre plantes annuelles et plantes vivaces

Les racines des plantes annuelles meurent et retournent à la terre, elles vont plus tard servir à construire un système de ventilation pour les micro-organismes aérobies à l’intérieur de la terre. En revanche, les racines des plantes vivaces ne meurent pas et continuent à se développer, et plus les racines poussent, plus elles ont tendance à durcir la terre. Cependant, les plantes vivaces fournissent également des substances organiques qui servent à augmenter la diversité des organismes présents dans le sol, elles peuvent être utilisées d’une façon différente par rapport aux plantes annuelles.

Pour ce qui est de l’arrosage, hormis au moment de mettre les jeunes plants en terre, après germination des graines, ou en cas de sécheresse sévère, on n’arrose pas. Il est préférable d’utiliser de l’eau de pluie, d’un puits ou d’une rivière à l’eau du robinet.

En cas de culture de jeunes plants à partir de semis dans des jardinières par exemple, l’arrosage et l’utilisation du minimum nécessaire d’engrais sont permis mais, à partir du moment où les plants sont mis en terre dans la ferme synécologique, il ne faut pas que d’avantage d’engrais soit apporté.

À cet égard, les plants cultivés à l’aide d’engrais chimiques et de pesticides vendus dans les magasins de bricolage et les jardineries ne doivent pas être importés en grande quantité dans les fermes, car leur quantité d’utilisation est inconnue. De plus, les plants qui ont poussé rapidement grâce à des engrais chimiques sont fragiles.

Photo: En exploitation synécologique, les fleurs en grande variété sont également une partie importante de la production, en plus de leur rôle qui consiste à attirer les insectes.

1-5. Exigences quant à la végétation

Le principe est de faire pousser des légumes de plusieurs espèces au même endroit et plantés de façon dense. L’herbe envahissante de type annuelle est laissée à partir du moment où elle ne prend pas le dessus sur les légumes, ensemble de façon à favoriser la diversification des organismes dans la terre et la structure du sol. Il est souhaitable que la surface soit recouverte de plantes tout au long de l’année.

Les points forts et points faibles selon l’état de la végétation lors de la mise en place de l’agriculture synécologique sont expliqués ci-dessous. Tout en haut de la liste se trouve l’état le plus souhaitable pour l’agriculture synécologique, et plus on descend, plus on s’éloigne des conditions que cherche à atteindre l’agriculture synécologique.

Astuce

L’agriculture conventionnelle étant basée en général sur la monoculture où une variété de plantes est cultivée dans un espace déterminé, la structure végétale en haut et la structure du sol en bas sont détruites, et les fonctions des écosystèmes sont perdues. Plus la surface des couches supérieures (feuilles) et inférieures (racines) de la végétation est étendue, plus il est facile de faire coexister une riche biodiversité.

Situation où les légumes et arbres fruitiers poussent mélangés dans un environnement dense, et un « paillage » grâce aux légumes rend les autres herbes plus rares

Situation où les légumes et arbres fruitiers sont peu nombreux mais le sol est recouvert de herbes diverses annuelles et vivaces

Situation où les herbes annuelles et vivaces forment une communauté végétale

Situation où la végétation a été détruite par le labour de la terre et la surface est à nu

Situation où le sol est appauvri par l’utilisation trop intensive d’engrais chimiques et par la monoculture, et où il a tendance à se désertifier

Situation où le labour de la terre a fait disparaitre les substances organiques jusqu’à une grande profondeur

Astuce

Si l’on compare l’agriculture conventionnelle et l’agriculture synécologique, les zones de surface que construisent la végétation de surface et la végétation souterraine sont très différentes. Plus la structure de la végétation est complexe, plus les êtres vivants qui y cohabitent sont variés, et il est important de mettre en place un mécanisme par cette diversité qui contribue à la gestion de la production et des risques.

1-6. Méthode de récolte

La récolte se fait en privilégiant en priorité les produits qui ont grandi ou sont mûrs, en éclaircissant les endroits les plus denses. La récolte est le mode de gestion le plus important dans l’agriculture synécologique. On profitera de l’occasion de la récolte pour effectuer également les autres travaux de gestion en même temps. On a constaté qu’il n’y a pas de saison morte pour la synécoculture sur les plaines plus sud de la région du Kantô : Si les conditions environnementales de protection contre le vent et d’ensoleillement sont réunies, et si une stratégie de végétation a été mise en place, il est possible d’obtenir une récolte constante par éclaircissage tout au long de l’année. La limite nord où il n’y a pas de saison morte varie en fonction de la topographie, de l’altitude et des changements climatiques, mais il existe des régions où la culture est possible grâce à des techniques telles que les serres ouvertes décrites dans la 3-5-1. Exemple de structure.

Photo : Diverses situations de culture mélangée de légumes en exploitation synécologique. En fonction de l’environnement et des caractéristiques des espèces, il est possible de mettre en place différentes stratégies de végétation.

1-7. Le principe de gestion : temps-espace-espèces (l’utilisation multidimensionnelle du temps, de l’espace et des espèces)

Dans l’agriculture synécologique, on intègre de façon globale le temps, l’espace et les espèces à la configuration et au mode de gestion de la végétation. En utilisant l’espace de façon la plus efficace et en relief possible, et on fait en sorte d’obtenir une récolte variée et constante sur de longues périodes de temps.

L’utilisation du temps : Afin d’obtenir tous les jours une récolte constante, on gère de façon systématique la succession végétale et le calendrier de mise en terre des graines et jeunes plants de manière à ce que dès qu’un produit a été récolté, un autre produit est bientôt prêt à l’être ;

  • en plantant les graines et jeunes plants de façon décalée,
  • en créant des différences de vitesse de croissance par la diversification de l’environnement,
  • en réservant des productions de façon à ce qu’elles soient récoltables lorsque les autres produits sont peu nombreux.

La caractéristique majeure de l’agriculture synécologique par rapport aux autres méthodes agricoles est l’utilisation du temps à plusieurs niveaux (voir en 2-2-8. Le travail en 3 actions simultanées : récolte – replantage des jeunes plants – réensemencement)

Astuce

Sur 10 ares de ferme synécologique, il est possible d’introduire plus de 200 espèces, même si l’on s’en tient aux fruits et légumes commercialisés. Si on fait la conversion en variétés, cela signifie que l’on peut construire une diversité de plus de 1000 variétés. Si on ajoute également les herbes et les plantes sauvages comestibles, malgré leur volume de distribution en tant que graines et jeunes plants est limité, ce nombre double. Cela signifie que grâce à l’intervention humaine, la biodiversité peut être accrue plus rapidement que dans son état naturel. Face à la destruction de l’environnement causée par l’augmentation de la population, les écosystèmes augmentés grâce à l’introduction de plantes utiles sont importants pour garantir en même temps la production alimentaire et la protection de l’environnement [Funabashi 2018] [Funabashi 2025].

Même pour les parties des légumes qui ont un goût âpre lorsque cultivés par l’agriculture conventionnelle, la plupart des légumes cultivés par l’agriculture synécologique ont un goût pur, au point de pouvoir souvent être mangés crus. En particulier, une grande variété de fleurs représentent un ajout important à la production comestible. Les asperges, broccolis et yama-udo (Aralia cordata) de l’agriculture synécologique sont des légumes très prisés que de nombreuses personnes aprécient de manger crus, sans les faire bouillir.

L’utilisation de l’espace : Non seulement la surface de culture du champ, mais aussi dans les allées, autour de la ferme agricole, les plantes grimpantes entremêlées aux barrières et sur les arbres fruitiers – tout l’espace est utilisé efficacement. Par exemple ;

  • les plantes qui apprécient l’ombre sont placées sous celles qui recherchent le soleil,
  • les variétés de type ciboule aux feuilles fines sont placées au milieu des espèces à feuilles larges (comme le pétasite du Japon ou la grande bardane),
  • les plantes à profondeur et largeur de racines différentes sont placées côte à côte,
  • trimmer les branches au niveau bas des arbres fruitiers sert à élargir la zone d’ombre pour faire pousser les légumes-feuilles. Les associations sont faites en relief de façon à rendre complémentaires les morphologies et les caractéristiques physiologiques des plantes.

L’utilisation des espèces : En plus des légumes, fruits, herbes, de nombreuses plantes utiles comme par exemple les plantes sauvages comestibles poussent ensemble. Même pour les plantes à propos desquelles il n’y a pas beaucoup de documentation sur la culture, si elles sont cultivées dans la même zone climatique, il doit être possible de les introduire. De plus, les différentes parties des plantes : feuille, pédoncule, jeune pousse, bourgeon, fleur, fruit, graine, racine … sont utilisées séparément selon leur propriété. Les façons de les utiliser sont également très diverses : on peut les manger crues, les faire sécher pour en faire du thé, les transformer en produits non périssables comme les marinades et saumures, en faire des épices … les utilisations possibles en tant que produits alimentaires sont nombreuses. En plus, on peut aussi en vendre les graines et les jeunes plants, ou les commercialiser en tant que teinture ou matériaux utiles à la vie quotidienne.

Photo : Exemple de culture à forte densité avec l’introduction au centre des jeunes plants de choux chinois, et des deux côtés des semis en ligne de radis blanc (daikon).

1-8. Coûts

De manière générale, l’achat de graines et jeunes plants pour le replantage est le coût principal. Il n’y a pas d’autre achat à faire hormis les fournitures nécessaires au moment de la mise en place de végétation initiale, avec suffisamment de graines, jeunes plants, et de plantage des arbres. Les grosses machines comme le tracteur sont inutiles, et le matériel agricole également est en grande partie inutile. Il suffit d’avoir des sécateurs pour la récolte, des bêches pour planter les jeunes plants et des outils pour couper l’herbe (il est pratique d’avoir une petite débroussailleuse). Le coût des graines et jeunes plants qui entre dans la catégorie coûts de maintenance diminue progressivement grâce à la production autonome de graines sur place. Il est souhaitable d’arriver à couvrir les coûts de maintenance avec un investissement d’environ 1/10e des recettes. Pour les agriculteurs professionnels qui cultivent sur une grande surface, s’ajoutent des coûts de main-d’œuvre pour la récolte par éclaircissage tout au long de l’année et le contrôle des herbes envahissantes.

1-9. Méthode d’exploration

Pour débuter en agriculture synécologique, il est nécessaire d’étudier quelles sont les plantes utiles qui peuvent pousser à cet endroit en faisant des essais de plantations. On peut déterminer quel environnement est propice à une espèce en essayant différentes conditions : ensoleillement, humidité, qualité du sol, densité des plantations, combinaisons avec d’autres espèces, végétation présente auparavant. Même pour une plante que l’on n’a pas réussi à faire s’installer pendant plusieurs années, il y a des exemples que suivant la succession écologique, elle se propage tout de suite et devient le produit phare de l’endroit. Il est donc souhaitable, même pour les plantes qui ont peu de chances de se développer, de continuer à essayer de les introduire par petites quantités. Afin d’augmenter votre capacité à réagir de façon flexible aux variations de l’environnement et aux changements dans l’écosystème, il faut garder une optique d’exploration sans s’en tenir uniquement aux essais qui ont été un succès. Dans la stratégie de végétation, il est souhaitable d’investir en permanence 20 à 30 % dans la recherche de nouvelles possibilités.

De plus, dans le cas des plantes qui n’ont pas encore trouvé leur moyen de « briller », le fait d’essayer diverses utilisations permet très souvent de découvrir de nouveaux produits à valeur commerciale, comme : utiliser différentes parties de la plante, différentes méthodes de préparation culinaire, différentes époques de plantation et de récolte, différentes modes d’utilisation. Dans le cas où l’on a découvert un nouveau mode d’utilisation, même pour les parties de la plante qui ne sont pas couramment vendues ou dont le mode d’utilisation est surprenant, ce nouveau mode d’utilisation a la capacité de multiplier les ressources utilisables dans le futur en tant que service écosystémique. Par le partage des informations, il y a des cas où un tel produit est devenu un produit important même dans les autres régions. Même pour les légumes qui sont déjà diffusés couramment, il est possible d’élargir le cadre de leurs modes d’utilisation.

Astuce

Dans le cadre de la mise en œuvre de l’agriculture synécologique, Sony CSL développe actuellement un système de soutien à la synécoculture utilisant les technologies de l’information et de la communication, afin de rechercher des plantes utiles adaptées à chaque région, d’étudier leurs modes d’utilisation et d’échanger des connaissances. Une partie de ce système est déjà disponible [Sony CSL].